Anne Liebhaberg. Sculpter le temps et les traces du monde.

Passer la porte de l’atelier d’Anne Liebhaberg, c’est entrer dans un dialogue. Pas seulement avec l’artiste, dont l’accueil est aussi généreux qu’un café partagé, mais avec les œuvres elles-mêmes. Ici, dans ce hangar baigné de lumière qui semble avoir été construit juste à temps pour lui offrir un refuge en 2020, les murs appellent et les formes répondent.

L’art comme boussole

Anne se définit avant tout comme une sculptrice. Pourtant, son œuvre ne s’enferme dans aucune case. Elle “chipote”, elle explore, elle transmet. Que ce soit à travers la photographie, qu’elle utilise comme un carnet de notes, ou ses récentes empreintes sur terre glaise passées sous presse, c’est toujours le volume qui la guide.

Sa thématique est celle des “soulèvements” : des montagnes mises en cage, des îles, des banquises de plâtre qui craquellent comme le Groenland sous l’œil d’un climatologue. Son travail n’est pas “rigolo”, admet-elle avec une franchise désarmante, mais il est d’une nécessité absolue. Face à un monde qui s’autodétruit, l’atelier est son remède, une manière de prendre de la distance pour mieux comprendre la barbarie et la beauté qui cohabitent.

Des Bunkers aux Cabanes :
Une histoire de traces

Récemment, ce sont ses photographies de bunkers normands et de cabanes qui ont fait parler d’elles. Pour Anne, ces blocs de béton ne sont pas de simples vestiges de guerre ; ce sont des empreintes humaines dans le paysage, des volumes qui racontent notre histoire. Elle s’insurge contre leur transformation en lieux de tourisme léger, préférant y voir la mémoire brute, parfois taguée, parfois habitée par l’ombre de ceux qui cherchent protection.

Ses “Cabanes”, nées de l’immobi-lisme forcé du confinement, prouvent que l’on peut découvrir l’immensité à moins d’un kilomètre de chez soi. « Quand on ne sait plus grimper, on creuse », confie-t-elle. Et creuser, c’est aller chercher en soi la force de créer avec ce que l’on a sous la main : du papier argent de cuisine, du film plastique, ou de la terre fraîche.

La magie des rencontres

Le parcours d’Anne est jalonné de mains tendues. Un graveur, Jean-­Michel Uyttersprot, qui lui apporte une presse alors qu’elle ne se dit pas graveuse, une galeriste comme Hélène Bastenier (Espace 001) qui lui fait confiance, ou un climatologue, Xavier Fettweis, qui valide ses intuitions artistiques. Ces échanges sont le carburant de sa création.

Bien qu’elle ait consacré une grande partie de sa vie à transmettre – ­notamment en apprenant aux enfants le geste juste, la technique du vrai outil – elle savoure aujourd’hui le luxe du temps long dans son atelier.

Cap sur 2026

Après une année 2025 volontairement plus calme, dédiée à un travail de fond et de recherche, Anne Liebhaberg prépare un retour “musclé”. 2026 s’annonce comme une année de rayonnement avec plusieurs expositions prévues dans le Brabant wallon et la région namuroise.

Ses œuvres, qu’elle refuse d’accompagner de “modes d’emploi” trop rigides, continueront de poser des questions à ceux qui les regardent. Car pour Anne, si le spectateur s’arrête, observe et commence à faire des liens entre une montagne retournée et l’état de notre planète, alors l’art a gagné son pari.

Nicolas Debuyst / janvier 2026

Pepperzine.be

Exposition: « artiste ou modèle » – vidéo

La femme vue par la femme à travers les collections communales, c’est le fil conducteur de cette exposition collective proposée à la Galerie du Beffroi. Dix femmes, artistes contemporaines, revisitent trois œuvres «coups de coeur» issues du Musée des Arts décoratifs et des collections de la Ville : deux peintures, le Portrait de Netta Duchâteau de Marcel Hess et Vigilance d’Emile Motte, et une sculpture, Le penseur de Paule Bisman. 

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A la Maison des Arts

Bien connue des curieux, souvent méconnue, un peu en retrait de la chaussée de Haecht à Schaerbeek, la Maison des Arts présente une petite exposition à découvrir jusqu’au 10 janvier : « Cent nœuds, sans visage ». Arlette Vermeiren, dont un grand voile bleu m’avait fascinée à la Villa Empain, y montre ses merveilleux tissages de petits papiers, accompagnés des sculptures et installations d’Anne Liebhaberg.

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Extrait du texte présenté lors de l’exposition à la Galerie Chantal Dhont

….Anne Liebhaberg a choisi, elle, de partir du vide. Non pour le remplir mais pour l’habiller. Dès l’entrée de cette exposition, nous sommes en présence d’une colonne de latex creuse, que certains ont peut-être déjà vue, car l’artiste de ce soir a participé au projet  » Bobineuses  » à Leuze, de même qu’elle fit partie en 2005 des boursiers de la tapisserie.

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Le latex, c’est aussi…

Chez DS Galerie à Boisfort, tout près du marché dominical, s’exposent des sculptures molles en latex cousu de fil noir qui évoquent parfois le monde (sous-)marin sans une seule touche de bleu, avouez que ça nous change. Ici on est plutôt du côté de l’ambre, des méduses et du silence des abysses. Quelques ailes angéliques dans le même matériau flottent dans l’espace. Céleste ou insondable, le travail d’Anne Liebhaberg donne vie à l’informe, peut-on dire à l’indicible… Dixit Sylvie Derumier, la galériste, ces objets « endormis » se réveillent par le trouble provoqué dans notre inconscient. Le latex démoulé fait vivre la transparence du support et incarne d’inépuisables sens: écailles, ailes, peau… autant d’allusions à la légèreté, à l’énigmatique ou au mystère charnel.

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